Le mot de la fin

Celui-ci aura attendu encore un bon moment… Comme quoi rien de tel que les lieux familiers et les vieux amis pour vous tenir bien occupé. À ma décharge l’itinéraire depuis Helsinki n’a pas réservé de surprises majeures. Je suis descendu de Suède en Suisse puis au Portugal sans grand détour (si ce n’est un crochet par Breslavie et un autre par Toulouse, on y revient). À distinguer cependant, la traversée du Golfe de Finlande de Turku à Stockholm. Turku, c’est à deux heures de train de Helsinki, et là où j’ai passé une deuxième nuit Finnoise, dans la cabine d’un vieux paquebot transformé en hostel, ce qui était une jolie façon de boucler la boucle. J’ai enchaîné avec une dernière journée de bateau, un grand ferry qui a louvoyé entre les îles et îlots au ras des flots jusqu’à l’entrée dans Stockholm. La mer est ici d’un vert profond, en contraste avec le bleu de la Neva à Saint-Petersbourg, et les morceaux de terre qui la parsèment semblent avoir été rabotés pour faire de petites plate-bandes de forêt de pins entourées de blocs granitiques ajustés. Ici et là, un coin de l’île est occupé par une cabine à sauna, d’où les finnois peuvent plonger directement dans l’eau glacée à la sortie de leur bain de vapeur. Ou c’est le panneau jaune d’indication d’une ligne électrique posée en travers d’un bras de mer qui signale la présence des habitants.
Stockholm n’est plus à décrire, d’autant que je ne l’ai pas vraiment visitée cette fois. Je recommande tout de même l’arrivée par la mer, avec l’alignement des façades orangées anciennes le long des quais de l’île centrale Gamla Stan, surmontées des rangées de fenêtres du Château royal et du clocher de la Cathédrale. J’y ai retrouvé de la famille, avec qui j’ai passé quelques jours dans une maison rouge au milieu des bois qui forment l’agréable banlieue de la ville, avant de descendre à Lund, toujours en famille.
De là, j’ai continué vers le Sud. Le train de Copenhague à Berlin est de ceux qui s’embarquent sur un ferry pour la traversée d’un détroit. Une fois la rame doucement entrée dans le pont inférieur, les passagers sont priés de passer du wagon sur les ponts supérieurs pour admirer la vue sur les éoliennes offshore qui parsèment la mer brumeuse, pendant une petite heure de navigation. Ensuite il faut à présent changer de train à Hambourg (les capitales européennes semblent de moins en moins bien reliées par le rail…). Berlin, elle, est restée à peu près la même, une ville où il fait bon vivre, entre concerts dans la futuriste salle de la Philharmonie (avec un ami, ancien colloc) et lectures en short au soleil sur les pelouses des parcs. J’y retrouve en particulier un collègue du temps de l’échange alors qu’il mène sa petite fille dans un jardin où une association de voisins organise tous les mercredis des activités pour les touts petits. Jeux colorés en bois et à roulettes, balançoires, clown, tout y est pour faire passer un bon moment aux familles. Un bel exemple de « ville vivante ». Puis je passe mon anniversaire avec une amie de lycée et un ami « de la famille » dans un des Biergarten de la ville, dans un coin de bois au bord de l’embouchure d’un canal, petit oasis depuis lequel il est difficile de s’imaginer dans l’une des plus grandes villes d’Europe.
Là-dessus je reprends le train, ou plutôt un chapelet de trains régionaux jusqu’à Breslavie, alias Wroclaw, en Pologne. C’est pour retrouver Patrick (nom d’emprunt), encore un ami d’échange, qui me présente dès l’arrivée à son professeur de guitare. Celui-ci donne son cours en marquant le rythme des morceaux par des coups sonores de ses talons de métal sur le sol, improvisant ainsi une danse de claquettes sur chaque exercice. De Breslavie je retiendrai les petits gnomes en bronze qui décorent la ville, perchés à des réverbères (il y a encore des réverbères à gaz dans ces rues!) ou chevauchant des pigeons sur les rebords des fenêtres de l’hôtel de ville en style gothique. C’est ici que je me trouve pour la nuit des musées, qui coïncide avec les portes ouvertes des commerces du quartier. Avec Patrick, nous apprenons ainsi à créer un biotope en pot hermétique dans un magasin de décoration, bocal de vert en verre qui se passe d’arrosage et facile à transporter. D’autres magasins proposent de l’eau-de-vie locale, des marchés d’artisanat ou encore des ustensiles de cuisine originaux, comme le bol de soupe à piquants, avec des piques qui viennent chatouiller le bout du nez lorsqu’on lève le bol pour le terminer, pour nous faire retrouver la sensation des animaux pour qui manger s’accompagne toujours au moins d’une démangeaison. Bref, une collection d’ambiances sympathiques et d’objets incongrus. La soirée se termine au plus formel musée de la ville, avec les peintures et statues habituelles mais aussi une monumentale horloge intégralement en papier et des artéfacts des corporations de métiers du moyen-âge (blasons, serrures compliquées…).
Je repars sur une nouvelle succession de petits trains. C’est là que me frappe à un moment donné le contraste entre les champs de fleurs jaunes d’ici, peut-être du colza, et les champs de fleurs jaunes du Sichuan. C’est bien le même jaune, mais en Allemagne de grands rectangles plats couverts d’une couche drue de fleurs, en Chine des successions de petites parcelles sur les pentes couverts d’un duvet de fleurs. Ces rêveries ne manquent pas de me faire manquer un train, m’entraînant dans une rare succession de ratés, retards et annulations, qui me fait passer à Frankfort Gare Centrale pensant être à Frankfort Sud alors que j’étais censé changer de train dès Mannheim (je vous passe les détails, heureusement que je connais un peu les gares de Frankfort). J’arrive tout de même à Heidelberg le soir chez Sam, un ami de master, avec qui je passerai deux jours plutôt reposants, profitant encore des pelouses le long du fleuve Neckar.
Vient la rentrée en Suisse, en passant par Zürich, Berne, Lausanne, Sion… je ne détaille pas, si ce n’est pour mentionner la rafraîchissante eau des lacs. Non que les rencontres que j’y ai (re)faites soient sans importance, mais parce qu’elles relèvent plus de la vie courante et privée que du voyage. Puis la boucle est « officiellement » bouclée à Fleurier, Val-de-Travers, canton de Neuchâtel, 363 jours après le départ (du 1er Juin 2016 au 31 Mai 2017, moins le 9 Septembre que, si vous vous en souvenez, j’ai zappé en passant la Ligne Internationale de Date).
Restera tout de même à rentrer jusqu’au Portugal, après une pause de trois semaines mises à profit pour penser un peu aux suites du voyage. Un trajet dont j’ai maintenant l’habitude, en passant par Paris et avec un crochet par Toulouse (toujours pour voir les amis). Arrivée à Lisbonne le 5 Juillet au matin par le Sud-Express, soit un an, un mois et deux semaines après le départ, le 21 Mai. L’heure est au bilan, à la narration et aux séances de réponses aux questions que me posent les uns et les autres, et dont je reprends quelques classiques en portugais. Merci d’avoir suivi mes histoires jusqu’ici, on se reverra bientôt puisque je reprendrai sans doute le clavier tôt ou tard pour raconter encore un peu de la suite.

Nisto regressei a Lisboa (vejam o mapa para o itinerário, não vou contar de novo)… Abraços, jantares, serões, foi quase um mês de bela vida antes de voltar a sair. Entrecortados por aqueles momentos inevitáveis de interrogatório mais ou menos cerrado. Para que conste, aqui estão algumas das respostas frequentes…

O que aprendeste durante a viagem?
Tirando os vários mapas e horários de comboios e autocarros, uma das surpresas do trajecto foram as fronteiras. No nosso querido espaço Schengen estamos mais ou menos protegidos daquilo que é de facto mudar de país… Antes de atravessar, pedir um visto com mais ou menos antecedência, verificar as condições de passagem na fronteira (subornos a evitar, taxa de câmbio), os documentos a apresentar para comprovar meios e planos de viagem, onde seja recomendado avisar o consulado local para que eles possam ajudar se necessário, verificar condições particulares de segurança ou costumes locais a respeitar. Na fronteira, fazer filas, sorrir a guardas, responder a perguntas, passar a mala nos raios X para verificação (hoje em dia já raramente se tem que abrir a bagagem), em certos sítios pagar pelo visto à chegada e/ou recusar pagar por um « extra » destinado ao pessoal. Uma vez do lado de lá, há que retirar dinheiro local, confrontar-se com outra língua, outro alfabeto e conhecer caras e culturas novas.
Claro que isto é quase tanto o interesse da viagem quanto o seu inconveniente. O corolário destas formalidades todas é que de factos não temos todos a mesma liberdade de ir e vir. Independentemente da questão financeira, conheci amigos sem passaporte, países onde passaportes são fornecidos à alto preço e só válidos uns meses, cidades remotas onde mostrar um visto é já em si uma atracção. Isto sem falar na desigualdade que há na atribuição dos vistos, estando nós, na União Europeia, no cimo da escala desse ponto de vista.

O que sabem « eles » de Portugal, da Europa?
Unanimemente, sabem do Cristiano Ronaldo. Aliás, ele é quase sistematicamente a primeira associação de ideias quando se fala na pátria lusa. Numa ocasião falaram-me também do Figo… Eu bem tentei meter cunhas pelo António Guterres, mas isso só serviu para descobrir que poucos alguma vez ouviram falar das Nações Unidas. Quanto ao nosso território, não sei ao certo se o podem localizar, mas atrevo-me a dizer que quanto maior a diferença cultural, menos tendência tiveram os meus interlocutores a confundir-nos com Espanha (quando não com uma província de Espanha).
A Europa é um pouco mais fácil, se bem que aqueles com educação para saber alguma coisa da nossa organização política estão no mínimo tão perdidos como nós. Já culturalmente, reconheçamos que continuamos a ser uma referência. Desde os « americanos », que conhecem com algum detalhe as origens europeias dos antepassados, aos Sul-Asiáticos que adoram telenovelas decorrendo em Paris, todos têm de forma ou de outra um olho virado para o Velho Continente, no mínimo mais do que nós temos olhos para ver para fora. Um olhar de forma geral favorável, para não dizer obsessivo. É disso sabem bem as nossas corporações aproveitar-se, desde as alimentares com o leite materno em pó (lojas inteiras na China) às de higiene com as suas saquetas de shampoo caras e (mal) descartáveis (aos cachos em lojas do Laos e arredores).

Mudaste?
Não. Digo, claro. Não sei. De certa forma, surpreendentemente pouco, ou assim disseram alguns que bem me conhecem. De facto como saí de viajem numa disposição para aceitar o que desse e viesse, também não precisei de mudar muito para aceitar o que foi acontecendo. Fiquei a conhecer mais algumas fisionomias, aprendi laivos de algumas línguas, fiz alguns amigos que será mais ou menos fácil de rever, mas não foi isso que me fez um « homem novo ».
Por outro lado, a minha vida, essa sim, levou um valente pontapé. Não bastava largar uma oportunidade de emprego para ter tempo de sair, mas de encontros em encontros parece que saiu de vez dos carris em que estava à partida (ver pergunta seguinte). Logo se vê onde levam os novos. Uma consequência disso, e da viajem em santinhos aleatórios, é que em muitas coisas deixei de planear com antecedência e em detalhe. Foram precisas umas semanas antes de conseguir de novo projectar-me mais de duas semanas em frente… E ainda agora por muito que planeie ando frequentemente atrás dos atrasos ou rés-vés, eu que costumava ter uma meia-horita de avanço para encontros. Também será porque faço mais, e com menos horários, mas surpreendo-me com impensáveis distracções.

Voltarias a fazê-lo?
Assim já de seguida talvez não, já apetece ficar quedo por um bocado nalgum sítio. Daqui a uns anos, logo se vê, ainda não recuperei a capacidade a pensar tão longe em frente. Mas se, voltando atrás, surgisse de novo a oportunidade, acho que sim. De saco mais leve, porém.

E agora?
A pergunta seria terrível se a viajem não tivesse, de certa forma, já decidido por mim. Para tornar a estar com quem conheci, vou seguir para uma nova volta. Com paragens mais compridas e tempo para ganhar a vida, se tudo correr bem. O desafio será ver se consigo manter as coisas mais ou menos sustentáveis (pessoalmente, ambientalmente e economicamente). Para já a partida não sabe ao mesmo que há um ano…

These considerations pretty much close this section of the blog. I’ll have more to say about further travels, but that will wait for inspiration.
As a post-scriptum, let me mention a few numbers about the travel.
I left for 363 nights (1st June 2016 to 31st of May 2017 minus the 9th of September when I crossed the International Date Line), of which 65 I spent on travel (34 on ships, 27 on night trains and 4 night buses), 121 at friends and hosts places (many thanks to all!), 11 under a tent, the rest (166) in hostels (and campings and hotels).
The budget for all this might be useful for future travellers. My total spending for the year was about 14’400€. The two ocean crossings were particularly expensive: 1200€ for the cargo trip across the Atlantic, 1070€ for the Pacific cruise (charges and reservations fees included). Other expenses include travel insurance (704€ for the year), visas (160$ for the sole US visa, about 420€ total: US, twice China, Laos, Thailand, Cambodia, Laos, Kazakhstan, Russia) and travel medicine consultations before the travel (261€, the Japanese encephalitis vaccine being particularly expensive). What’s left are daily expenses, about 30€/day, mainly for transportation and accommodation, plus what french call “faux frais”, “false expenses”, a bit ironically. Of course expenses in most of Asia were much lower than in Japan or North America, I was spending about 20€ a day on average, with hostels costing 4 to 8€/night and meals 1 to 2€.
With this I stayed in 82 cities and places in 16 countries – plus a few I only stayed a few hours, distant about 56’000km in total (drawing straight lines between each). That’s an average speed of 6,4km/h… On trains (56 journeys), buses (about 24), boats (7 – 4 ferries, one fluvial boat, one cargo and one cruiser) and even cars (8 of which 3 hitch-hiked rides and 3 car sharings) and one motorbike ride.

 

To finish, I won’t do any statistics about the people I’ve met (I only know they were many), but I need to say they are present in my mind as I close this post. Some remained strangers who had a nice word or a useful indication for me on a train, a street or a hostel. Others became new friends, but as often happens the brief relationship didn’t survive time and distance. I wait for chance to have us meet again someday. A few, however, kept in touch, against distractions, lost e-mails and delayed answers. The true dilemma as one comes back from such a journey is to decide what to do next, knowing that it might be very difficult to see each other again. Chats or video calls don’t replace a face-to-face encounters. But I’ll be looking for opportunities to make old the new friends. In the meantime I want to thank the old and less old friends for being there, and having been there. You’ll always be welcome wherever I am, and I hope to soon have the possibility of giving back the hospitality I’ve enjoyed from you.
Good luck!

1 réflexion sur « Le mot de la fin »

  1. Impressionnante expérience, non seulement d’un tour du monde – parmi une infinité d’autres possibles – et de notre monde européen vu de loin, mais aussi de l’écart entre des vies inscrites dans leurs lieux et celles qui se vivent voyageant. Il faut le franchir, et plusieurs fois si possible. Superbe commencement !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.